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Apothéose de la particratie PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Charles Bricman   
Mardi, 16 Juin 2009 21:49
Imaginez que pour choisir les ministres-présidents de nos régions et communautés (à supposer qu’on maintienne ces dernières futilités), on procède comme pour le Président de la République voisine, comme pour le gouverneur de n’importe quel Etat ou comme pour le maire de n’importe quelle ville américaine. On organiserait ça en deux tours, à huit ou quinze jours d’intervalle. Kris Peeters serait élu en Flandre. Charles Picqué ou Armand De Decker à Bruxelles. Demotte, Di Rupo, un des Michel ou même peut-être Javaux en Wallonie. Et Lambertz chez les germanophones.

Pas de discussion ! Chacun de ces gaillards serait oint par le suffrage universel.  Et aurait à constituer son administration, à charge pour elle ou lui d’organiser la cohabitation avec son Parlement. Aucun « césarisme » là-dedans. Rien que du propre, du net, du sans bavure. La démocratie. Comme en France, comme aux Etats-Unis.

Mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Le 7 juin, dans les régions, nous n’avons pas élu nos gouvernants. Mais des « représentants ». Des députés. Isolément considérés, ils n’ont, chacun, aucun pouvoir, seulement le devoir de se comporter en bons soldats de la particratie. On a en somme fait du « crowdsourcing », c’est très tendance.

Si je m’en tiens à la Wallonie :
•    Le PS a gagné, puisqu’il est le premier parti, mais il a reculé et pourrait quand même se retrouver dans l’opposition ;
•    Ecolo a gagné beaucoup de sièges, mais ça reste relatif, les Verts ne sont que troisièmes ;
•    Le cdH s’est plus ou moins maintenu, le MR a déçu.

De tout quoi il résulte qu’une fois ces cartes rebattues dans les urnes, l’électeur n’a plus rien à dire, la stratégie partisane reprenant tous ses droits. Devenus étrangers l’un à l’autre, les deux grands partis attendent le verdict des deux petits, si ceux-ci sont assez malins pour faire cause commune. S’ils restent en front commun jusqu’au bout, ils seront les maîtres du jeu et choisiront leurs partenaires.

Le gouvernement qui en sortira sera « démocratique », selon nos critères usuels, car soutenu par une majorité parlementaire. Mais il aura été « élu » au second degré, par la particratie, d’une façon que ne maîtrise qu’une petite oligarchie. Le peuple (demos) n’aura choisi qu’un corps de législateurs-contrôleurs, pas des gouvernants.

Les régimes présidentiels ne sont certes pas parfaits. Ils ont leurs inconvénients. J’ai pourtant la faiblesse de penser qu’ils sont intellectuellement un peu moins imparfaits que les régimes parlementaires, sans base rationnelle en dehors du mode dualiste dans lequel un monarque héréditaire choisissait « ses » ministres qui avaient à répondre de leurs actes devant une assemblée élue.
Mise à jour le Mardi, 23 Juin 2009 22:43
 
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