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Geertrui Van Rompuy PDF Imprimer Envoyer

Madame Van Rompuy, épouse du Premier ministre belgeElle est plus blonde qu’un boisseau de blé de West-Flandre. Aimable. Souriante. Distinguée, mais sans aucune affectation. Comme la plus sympa des First Ladies. D’ailleurs, elle est maintenant une First Lady, même si ce label déclenche chez elle un rire franc, quand on le lui attribue. « Nous ne connaissons pas cela, en Belgique. Et c’est très bien comme ça. La politique est une activité sérieuse, il ne faut pas tout mélanger ».

Geertrui Windels vient de Ruien, un village de la commune de Kluisbergen, dans l’arrondissement d’Audenaerde, aux confins des deux Flandres et du Hainaut wallon tout proche. Plus de 80% de terres agricoles et de bois. En 1975, elle était doctorante à l’université de Gand. En biologie. Dans l’avion qui la ramenait du Kenya, où elle avait participé à une mission académique, elle avait pour voisin de siège un jeune Flamand passionné et cultivé qui revenait, lui, d’un voyage d’agrément, un safari-photo. « Nous avons bavardé », m’explique-t-elle en employant ce verbe ô combien plus expressif en néerlandais : babbelen. « Nous n’avons plus cessé de bavarder ensemble, depuis lors ». Geertrui Windels et Herman Van Rompuy se sont mariés deux ans plus tard. Le conseiller de Tindemans qu’il était à l’époque l’a convaincue que la politique pouvait être une noble activité. Il l’a séduite par sa sincérité, par son sens de l’humour et par ses manières réservées, avoue-t-elle. Ils ont eu quatre enfants, deux garçons et deux filles. Un des fils porte dans ses gènes la même passion que son père. La politique. Le reste, au fond, ne nous regarde pas.



Médiatiquement pourtant, la cible attire immanquablement les regards. Et il faut bien dire qu’Herman les a un peu provoqués, au début de l’été, quand il a confié à un journaliste que cette année, sa femme avait décidé qu’ils iraient faire un tour en Australie, en mobilhome. Il a obtempéré. « A 61 ans, je pense que c’est une petite folie qu’on peut se permettre », avait-il commenté. Comment donc. Mais ce n’est pas vraiment la première. Geertrui vend la mèche : « Avec la vie que nous menons, les vacances sont pour nous des moments vraiment privilégiés, explique-t-elle. Depuis que les enfants sont grands, nous essayons de les mettre à profit pour découvrir de nouveaux horizons. Avant les antipodes, il y eut ainsi le transsibérien, le Tibet, l’Himalaya… Elle, elle est plutôt « rando » et sac à dos. On ne l’a pas su, personne n’y a porté attention, en dehors des intéressés et du cercle restreint de la famille et des amis. Herman n’était pas encore premier ministre. Les Van Rompuy n’étaient pas encore des people au Royaume d’Albert II.

Et à vrai dire, ils n’ont aucune intention de le devenir. Une jolie maison dans la verdure, mais sans luxe ni ostentation, toute pareille aux autres. Ouverte aux amis et à la famille. « Je le vois parfois promener son chien, mais où il habite exactement, je ne le sais pas, s’excuse un voisin à qui je dois demander mon chemin. On est ici à Sint Genesius Rode, commune flamande à facilités pour les francophones, coincée entre Uccle, commune bruxelloise officiellement bilingue, et Waterloo, en Wallonie. « Pour moi, cela a été un choc, quand nous nous sommes installés. Ruien, mon village natal, était aussi sur la frontière linguistique, mais il n’y avait pas les mêmes problèmes ».

Y aurait-il dès lors un message politique dans le fait que Madame Van Rompuy m’a demandé que notre entretien se déroule en néerlandais ? « Sûrement pas ! J’en suis même un peu gênée vis-à-vis de vous, mais si je comprends tout et me débrouille en français, je me sens plus à l’aise dans ma langue maternelle pour répondre à vos questions ». C’est facile à comprendre. Mon hôtesse, forcément, marche un peu sur des œufs. Elle n’a aucune envie de provoquer une controverse sur un propos malheureux ou mal interprété de l’épouse du premier ministre. Ce qui ne l’empêche aucunement de dire ce qu’elle pense. Et de relever par exemple qu’à Rhode, dans une commune légalement flamande, il peut y avoir, certains week-ends, des médecins de garde qui ne comprennent pas le néerlandais, ou si peu. Que dans un restaurant, récemment, avec Herman, on ne leur a pas adressé un seul mot dans leur langue, pas le plus petit « welkom », ni même un simple « dank U », comme en terre étrangère. « Je ne veux pas généraliser, dit-elle, mais je suis convaincue que s’il y a aujourd’hui une frontière linguistique en Belgique, c’est parce que chez les francophones, il n’y a pas toujours un minimum de considération pour la langue des autres ».

On sort au jardin, pour prendre des photos. Elle se plie de bonne grâce aux requêtes de Jan, le photographe. Je croise le regard amusé d’une femme énergique qui fait ce qu’il faut pour tenir le rang que lui a confié le destin. Qui me confie encore qu’au sommet de l’Otan, elle a été contente de rencontrer Carla Bruni et Michelle Obama, que celle-ci l’a impressionnée par son charisme et par sa simplicité. Mais que ces mondanités ne sont pas toute sa vie. Pas même un aboutissement. On peut voir alors dans ses yeux comme un souvenir du grand voyage aux antipodes, dont elle revient. Avec Herman.

Mise à jour le Jeudi, 29 Octobre 2009 14:22
 
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